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Lettre ouverte à Charles Enderlin


Par NATHALIE BLAU 

Cinq Israéliens sauvagement assassinés le 11 mars dernier au soir, dans leur habitation d’Itamar. Un événement pourtant passé sous silence par les médias internationaux, dont le service public français. De quoi surprendre, voire indigner.

Parmi les pointés du doigt : Charles Enderlin, qui n’en est pas à sa première histoire de désamour avec la communauté juive de France et d’Israël.

Danny Danon, le président de la commission parlementaire chargée de l’immigration et de l’intégration, a ainsi taxé Enderlin de pratiques déloyales. Pour Danny Seaman, directeur général des services de presse du gouvernement, « il existe un lien manifeste entre la diffamation intentionnelle d’Israël dans les médias étrangers et le fait que ces médias s’abstiennent de couvrir le récent massacre dans la localité d’Itamar. »

Le correspondant permanent de France 2 a choisi son blog pour répondre aux accusations dont il a fait l’objet. « Problème », explique-t-il, à propos du vide médiatique qui a entouré la boucherie d’Itamar, « cette affaire tombe en plein tremblement de terre/tsunami/crise nucléaire au Japon ». Soit. Mais ces soirs-là ne parlait-on pas sport, danse et autre cinéma dans les grand-messes spécialement allongées des journaux du 20 heures ?

Soyons suffisamment honnêtes pour rappeler qu’Enderlin n’est pas là pour endosser la responsabilité du contenu des éditions de sa chaîne. Son domaine de prédilection : l’actualité israélienne et moyen-orientale. Un sujet qu’il semble bien connaître pour le couvrir depuis près de deux décennies. Etrange alors, la question qui ponctue son plaidoyer pour expliquer, jeudi 17 mars, à propos d’Itamar, qu’Israël s’est lancé dans « une nouvelle campagne de diffamation contre les médias internationaux » et que personne ne connaît les auteurs de ce crime.

« Et si les criminels sont palestiniens, quel était leur mobile ? », s’interroge-t-il.

Charles Enderlin cherche donc un mobile aux agissements des Palestiniens. Il serait intéressant de savoir ceux qu’il avait pu trouver pour expliquer le lynchage de deux soldats à Ramallah en octobre 2000, ou l’attentat sanglant dans une école de Maalot, en mai 1974, sans vouloir dérouler la liste des dizaines d’attentats-suicides perpétrés depuis la première Intifada. Car comme nous le disions déjà dans l’édito de la semaine dernière, la thèse de l’occupation pour justifier les actes barbares les plus odieux, qui plus est perpétrés sur des enfants, est une offense au bon sens.

Si les Palestiniens n’avaient pas de mobile pour commettre l’assassinat d’Itamar, ils n’en ont pas manqué pour célébrer les meurtres sanguinaires d’Oudi, Ruth, et de trois enfants Fogel. Sifflets et parades ont jalonné les rues de Gaza. Sans commentaires.

Charles Enderlin s’empresse de préciser, en tête de son blog, qu’il relate sa version des faits, accompagnée « des commentaires haineux habituels ». Une naïveté presque touchante de la part de ce journaliste vétéran. Enderlin, le mal-aimé, le mal compris d’une communauté dont il fait pourtant partie. Enderlin qui a servi sous les drapeaux de Tsahal pendant la guerre de Kippour. Dont la famille n’a pas été épargnée par les affres de la Shoah, qui traîne derrière lui, depuis 10 ans le boulet Al Dura.

Un journaliste salué par ses pairs de la grande presse française nationale, mais qui s’emploie résolument à garder ses distances avec les médias francophones d’Israël. Qui refuse de s’exprimer dans les colonnes du Jerusalem Post, persuadé d’être condamné avant d’avoir été jugé. Qui prend en otage une antenne de la diplomatie française pour présenter son dernier ouvrage sur invitations triées sur le volet : seuls étaient conviés les médias français, la presse juive locale, elle s’étant vue réserver une fin de non-recevoir. Le Centre culturel français de Jérusalem Romain Gary avait accepté de se plier aux consignes discriminatoires du maître de l’info moyen-orientale. Avant de regretter : « Une erreur », a reconnu récemment le directeur du centre, Olivier Debray. Mais le mal était fait.

Charles Enderlin entretenait ainsi le fossé qui le sépare des siens, pour peaufiner son ticket d’entrée dans les hautes sphères de cercles bien-pensants de la haute société française.

La rédaction française du Jerusalem Post s’est toujours refusée à se faire l’écho des courriers – pourtant reçus en nombre – qui dénonçaient les pratiques jugées partisanes du journaliste de France 2. Non par confraternité corporatiste excessive, mais simplement par refus d’alimenter certaines polémiques qui pouvaient paraître stériles. Et parce qu’elles ne relevaient pas de notre mission d’information. Mais à l’image de Larry Derfner, éditorialiste de gauche revendiqué de l’édition anglaise, qui n’est pas le dernier à vouloir se faire l’avocat des droits palestiniens, et dont nous avons voulu publier l’opinion sur Itamar dans l’édition française de cette semaine, il y a une ligne rouge à ne pas dépasser.

Nous ne demandons pas à Charles Enderlin de changer la lexicologie employée par les journalistes de la communauté internationale, ni de révolutionner l’ordre des programmes de France 2, mais de s’identifier, devant l’ampleur du drame, à la souffrance d’un peuple qui est aussi le sien. Sans vouloir systématiquement pointer du doigt Israël sur fond de théories du complot mal placées.

Depuis la publication de cet article, Charles Enderlin a effacé la page de son blog dont il est question ici.

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