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Israël n’est donc pas un Etat criminel–Analyse de l’affaire Goldstone

Par Stéphane Juffa – Menapress
Analyse

"on ne peut plus prétendre qu’Israël est responsable de crimes de guerre

”Le mode opératoire suivi par notre mission ne fut en aucun cas judiciaire, ni même quasi-judiciaire".

”Les Nations unies avait "un historique" de parti-pris contre Israël”

La remise en question, par Richard Goldstone, dans un article du Washington Post paru le 1 avril dernier, du rapport portant son nom sur la guerre de Gaza, durant l’hiver 2008-2009, appelle à une reconsidération globale des conclusions qui s’en sont suivies.

Certes, l’élément central de l’analyse de la rétractation se rapporte incontestablement aux conclusions du rapport elles-mêmes. Il n’est, après cet article, plus possible, pour un observateur équitable, de soutenir que des crimes de guerre "et peut-être" des crimes contre l’humanité sont imputables à l’Etat d’Israël et à son armée.

En effet, lorsque l’on lit, de la plume du juge sud-africain, que " (…) les enquêtes publiées par les militaires israéliens et endossées par le Comité de l’ONU chargé du rapport, (..) démontrent que les civils n’ont pas été intentionnellement pris pour cibles dans le cadre d’une politique [israélienne] prédéterminée", on ne peut plus prétendre qu’Israël est responsable de crimes de guerre.

C’est ce qu’indique Goldstone, qui reconnaît, en exprimant ses "regrets", que ce que l’on sait désormais "aurait probablement influencé nos observations à propos de l’intentionnalité [des dommages subis par les civils] et des crimes de guerre".

Il se justifie, admettant que "les allégations quant à l’intentionnalité d’Israël ont été déduites des morts et des blessures de civils, dans une situation dans laquelle la mission, qui était à la recherche de faits, ne possédait pas d’indication sur laquelle il aurait été raisonnable d’établir toute autre forme de conclusion".

Et dans un passage rarement cité par les autres media, le juge reconnaît que "certains [dont la Ména et à la première heure. Ndlr.] ont dénoncé le processus que nous suivions, parce qu’il n’appliquait pas les standards judiciaires. Pour être clair," poursuit l’intéressé, & Richard Goldstone dénonce aussi le fait qu’il est "indéniable que le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies avait "un historique" de parti-pris contre Israël".

Nous, de répéter la question que nous posions à l’époque de la création de la commission d’enquête : sachant cela – et cela ne participe pas d’une révélation qu’il a découverte récemment –, pour quelle raison le magistrat sud-africain avait-il accepté de présider cette investigation, alors que c’est le Conseil des Droits de l’Homme qui la lui avait proposée ? Il ne pouvait guère ignorer que la formation de l’équipe des enquêteurs, son mandat, son mode de travail et l’instrumentalisation de ses conclusions seraient décidés par une institution dont il déclare connaître l’absence d’objectivité.

D’autre part, à la suite de la publication des conclusions du rapport aujourd’hui sur la sellette, le gouvernement de l’Etat hébreu avait promptement publié une réponse en trente-deux points, qui recouvrent précisément toutes les lacunes de l’enquête que Goldstone avait diligentée, et qui identifiaient, avec précision, toutes les contrevérités auxquelles elle a abouti.

Pour quelles raisons n’est-ce que maintenant, des années plus tard, beaucoup trop tard venant d’un homme chargé de faire régner la justice et conscient des dommages irréversibles que peut susciter une erreur judiciaire, que le juge se résigne à reconnaître publiquement ses fautes ?

Car, au vu des circonstances mentionnées ci-dessus, on a véritablement à faire à des fautes, de choix, de manque de prudence, d’appréciations contraires à la vérité, et de dissimulation des faits.

Une réponse possible est fournie par deux universitaires israéliens, Peter Berkowitz et le Professeur Abraham Bell. Ceux-ci ont en effet participé à un débat en présence de Richard Goldstone, qui s’est déroulé à l’Université de Stanford, le 28 mars 2011, soit quatre jours avant la publication de ce que nous appellerons "le début des confessions" du juge sud-africain.

 

Richard Goldstone : pas une erreur, une terrible faute

A croire le récit du déroulement de cette discussion qu’en fait le Professeur Bell pour Haaretz, Goldstone a semblé particulièrement secoué par les interrogations et les critiques qui lui furent adressées à cette occasion.

Selon Bell, "il (Goldstone) a tenté de prétendre qu’il n’avait pas fait de faute, mais, après cette soirée, il a compris qu’il n’était plus en mesure de soutenir sérieusement cette affirmation".

Quoi qu’il en soit, Israël demande, bien évidemment, l’annulation du Rapport Goldstone par l’ONU, à la lumière de l’article du Washington Post. Il est vrai que la différence de statut entre celui d’un Etat qui fait tout ce qui est en son possible afin de protéger la vie des civils, et qui prétend – c’est toujours indiscutable ! – que "son armée est la plus morale qui soit", et celui d’un pays qui s’attaque intentionnellement aux personnes non armées, est fort appréciable. Il en va, par exemple et très pragmatiquement, de la possibilité qu’ont diverses ONG d’assigner des ministres et des officiers de Tsahal devant des tribunaux à l’extérieur d’Israël. A plusieurs reprises, on est ainsi passé près d’incidents diplomatiques majeurs, notamment en Belgique, en Grande-Bretagne et en Espagne, où des associations réclamaient l’arrestation de ministres hébreux alors qu’ils se trouvaient dans ces territoires, leur imputant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Par-dessus tout, Jérusalem entend tordre le cou à ces imputations entièrement infondées, sources d’antisémitisme, et faire valoir, au contraire, son droit à la légitime défense, particulièrement lorsque les maîtres du califat de Gaza lancent la bagatelle de 8000 roquettes sur ses villes et ses villages. A ce propos également, Goldstone a enfin rompu le silence dans son article, affirmant :

"Le fait, qu’en comparaison, un petit nombre seulement d’Israéliens aient été tués par des attaques illégales de Gaza à la roquette et au mortier, n’en minimise pas pour autant la criminalité". Ce que Goldstone entend par "criminalité", c’est la qualité de ces tirs, les qualifiant ainsi dans la catégorie des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En quelques phrases, dans le Washington Post, le Sud-africain a confirmé ce qu’Israël n’a jamais cessé de clamer : les miliciens islamiques de Gaza sont des terroristes, qui font de leur mieux pour assassiner le plus grand nombre de civils possible, tandis que les soldats hébreux les défendent, en tentant de minimiser au maximum les dégâts collatéraux. Dommage que, lorsqu’il parle du Hamas, le juge ne termine pas ses phrases, limitant ainsi l’intellection compréhensive de ses accusations aux seuls juristes et aux férus de droit.

La demande de révision du rapport lancée par Benyamin Netanyahu, Ehud Barak et le ministre des Affaires Etrangères est accueillie diversement par les chancelleries étrangères. Ainsi, aux Etats-Unis, un porte-parole du Département d’Etat, Mark Toner, a affirmé que l’administration avait pris connaissance du papier de Goldstone avec une grande attention, et que les USA n’avaient jamais douté de ce qu’Israël était innocente de tout crime de guerre et de l’accusation de prendre des civils pour cibles.

Le porte-parole, non sans une pointe d’humour, a remarqué que les Etats-Unis et le juge Goldstone partageaient désormais les mêmes conclusions. Il a également fait part de sa préoccupation quant à l’attitude anti-israélienne – biaisée à l’encontre d’Israël, du Conseil des Droits de l’Homme.

A Paris, on a accueilli avec négligence la requête de Jérusalem, comme en témoigne le point de vue du porte-parole du Quai d’Orsay, régulièrement accusé du même manque d’objectivité vis-à-vis d’Israël que celui reproché au Conseil des Droits de l’Homme.

"Le Rapport Goldstone a été publié en septembre 2009. C’est un document établi à la demande des Nations Unies, qui n’a pas à être maintenu ou retiré", a déclaré ledit porte-parole, Bernard Valero.

Simple point de logique que nous inspire son commentaire : si un quelconque rapport ne doit être ni maintenu ni retiré, que faut-il donc en faire ? S’asseoir dessus, M. Valero ?

Rationalité à part, si c’est là toute l’importance que Paris reconnaît à la définition appropriée d’Israël sur la scène internationale, il nous aide à comprendre beaucoup d’autres choses…

Même à l’ONU, on ne se montre pas aussi distant quant à la réputation d’Israël qu’on ne l’est sur les bords de Seine. Lundi dernier, tout en rappelant que les conclusions du rapport original demeuraient, pour l’instant, les seules qui soient recevables, en dépit de l’abjuration de son rédacteur en chef, les Nations Unies ont invité Richard Goldstone à demander officiellement son annulation auprès de son commanditaire, le Conseil des Droits de l’Homme à Genève.

Et s’il reste ce qu’il faut de respect de soi et de sa profession au magistrat sud-africain, il s’agit d’un conseil qu’il ne tardera pas à suivre, l’annulation de ce document s’imposant impérativement des suites du rectificatif qu’il a lui-même prononcé. Ne rien faire équivaudrait à s’abstenir de réparer une erreur judiciaire qu’un juge a lui-même annoncée, sachant qu’il est le principal responsable de sa perpétration.

J’ai pensé, à ce chapitre où nous parlons de diplomatie, que cela intéresserait certains lecteurs de savoir quels sont les Etats qui s’étaient opposés à l’adoption du Rapport Goldstone lorsqu’il leur fut présenté à l’ONU. Au moment où, dans certaines contrées, on autorise des groupes à appeler ouvertement à l’isolement et au boycott de l’Etat hébreu, et dans la crise économique qui prévaut et touche tout le monde, je trouve intelligent de favoriser, au contraire, ceux des Etats qui conservent un cap décent et ne sont pas prêts à voter n’importe quelle résolution condamnant Israël.

La liste des pays où on peut programmer ses vacances d’été et où on peut, sans regret, commander sa prochaine voiture se compose de : l’Australie, du Canada, la République tchèque, l’Allemagne, la Hongrie, Israël, l’Italie, les Iles Marshall, la Micronésie, le Nauru, les Pays-Bas, Palau, Panama, la Slovaquie, la République de Macédoine, l’Ukraine et les Etats-Unis.

Treize pays s’étaient abstenus, dont la France, le Royaume-Uni et l’Espagne ; des Etats d’Europe civilisés, dont les gouvernants ne sont donc "pas totalement persuadés que les soldats israéliens n’avaient pas reçu l’ordre de massacrer les civils de Gaza". Bof ! Ou qui confondent l’armée de milice qu’est Tsahal et les mercenaires de la Légion Etrangère, Gaza avec Kigali, et 1400 morts – dans leur immense majorité (85%) des terroristes, contrairement à ce que répète ad nauseam l’AFP et ses perruches -, et 870 000 Tutsis !

Et les Tutsis n’avaient pas tiré la moindre roquette sur Perpignan ni sur Montpellier, Bernard Valero et Alain Juppé !

Même constatation au chapitre de la relation de la presse au Rapport Goldstone ; pour dire que tous les titres n’avaient pas perdu leur cervelle et leur honorabilité, au Royaume-Uni et aux USA, s’entend.

The Economist anglais avait, par exemple, jugé le rapport débile, dommageable pour le processus de paix israélo-palestinien, et franchement déséquilibré au détriment des Israéliens. Le Times de Londres, trouvait le rapport provocateur et inique ; de plus, il n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer le parallèle infecte que Goldstone y établissait entre le Hamas et Israël.

De l’autre côté de l’Atlantique, le Washington Post, déjà, qualifiait le rapport de "plagiat d’impartialité dans l’établissement des faits". Quant au Wall Street Journal, il le décréta "nouveau record de bassesse dans le parti-pris anti-israélien aux Nation Unies".

Sur la rive orientale de la Manche, l’Aurore et Zola, de même que l’époque des journalistes libres et courageux ne sont plus que de fort lointains souvenirs. Ceux des media tricolores qui ont évoqué le revirement de Richard Goldstone, l’ont fait en des termes ambigus, et sous des titres trompeurs, dans des articles ou des reportages qui ont davantage servi à réaffirmer les mensonges que renfermait le rapport original, qu’à expliquer que le juge sud-africain s’était publiquement rétracté, et qu’Israël n’avait commis aucun crime aux termes de la législation internationale et du droit de la guerre.

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