Galerie

L’étude de la Torah et le travail, par Haim Amsellem, le Rabbin rebelle d’Israêl

Haïm Amsellem le Rabbin rebelle d’Israël
Source : cjnews.com 14 avril 2011
By ELIAS LEVY,  Reporter

À travers les générations, les Rabbanim ont toujours su concilier savamment Étude de la Torah et Travail.
Aujourd’hui, nous devons appliquer la Halakha d’une manière intelligente.
Le franc-parler déconcertant et les prises de position iconoclastes du Rabbin Haïm Amsellem, député du parti ultra-orthodoxe sépharade Shass à la Knesseth, suscitent la colère des autorités religieuses israéliennes et des leaders de sa formation politique.

Rabbi Haïm Amsellem  : Ce Sépharade natif d’Oran, Algérie, qui a fait son Alya avec sa famille à l’âge de 11 ans, dénonce sans ambages “le radicalisme pernicieux et irresponsable” du Grand Rabbinat d’Israël, qui, selon lui, est “entièrement soumis au diktat” des Rabbins Ashkénazes issus de la mouvance ultra-orthodoxe lituanienne.

“Cette ultra-orthodoxie intransigeante et totalement déconnectée des réalités sociales de l’Israël d’aujourd’hui est en train de mener le pays à sa perte”, lance-t-il en entrevue dans un français impeccable.

Nous avons rencontré le Rabbin Haïm Amsellem lors de son passage éclair à Montréal, où il a été invité par la Congrégation sépharade Or Ha­ha­yim de Côte Saint-Luc.

Canadian Jewish News:

Votre recommandation très audacieuse d’en­cou­ra­ger les étudiants des Yéchivot à pratiquer un métier fait scandale dans les milieux orthodoxes israéliens.

Rabbin Haïm Amsellem : Ne nous leurrons pas ! Force est de rappeler que Torah et Travail ne sont pas deux notions antinomiques mais, au contraire, concomitantes.
En Israël, l’actuel système de Yéchivot n’est plus viable.
Quelque 200000 élèves étu­dient à temps plein dans ces institutions d’études toraniques. Seulement une infime minorité d’entre eux trouveront un poste de Rabbin ou de Dayan -Juge Rabbi­nique-. Aujourd’hui, dans un Kollel israélien, un étudiant marié et père de plusieurs enfants perçoit un subside mensuel d’environ 500$US -l’État lui verse quelque 170$US, la différence est défrayée par sa Yéchiva. L’étudiant qui n’est pas marié ne touche aucun subside. En Israël, une famille ayant un revenu mensuel d’environ 500$US vit dans la pauvreté. Ainsi, la majorité des étudiants des Yéchivot et leurs familles vivent dans le dénuement. C’est une situation pathétique et intolérable! Seuls les étudiants les plus brillants assumeront un jour des fonctions rabbiniques. Les autres étudiants continueront à stagner dans ce système d’étude totalement dysfonctionnel qui ne leur offre aucune perspective d’avenir. C’est pourquoi il est impératif que ces derniers s’intègrent incessamment au monde du travail pour trouver un emploi qui leur permettra de subvenir décemment aux besoins matériels élémentaires de leurs familles.

Vivre dans la pauvreté, ce n’est pas une injonction toranique, ni une vertu. À travers les générations, les Rabbanim ont toujours su concilier savamment Étude de la Torah et Travail. Le Judaïsme a toujours eu dans ses rangs des Rabbins médecins, ingénieurs, scientifiques, philo­sophes… Maïmonide est l’exemple le plus édifiant. Quand on est religieux, avoir un métier, ce n’est pas une tare, ni une honte! Au contraire, nous devons montrer à tous les Israéliens que nous sommes les fiers hérauts d’une Torah dynamique qui nous encourage à travailler pour pouvoir vivre dans la dignité.

C.J.N.: Vous exhortez les étudiants des Yéchivot à élargir leur bagage éducatif. N’est-ce pas toute une gageure?

Rabbin Haïm Amsellem : Je milite sans relâche pour que les étudiants des Yéchivot aient une connaissance minimale des matières éducatives profanes les plus fondamentales. J’estime qu’aujourd’hui, avoir une connaissance de base en mathématiques, en grammaire hébraïque, en anglais… ce n’est plus une option mais une né­ces­sité vitale. Si un étudiant de Yéchiva de 16, 17 ou 18 ans s’aperçoit qu’il n’a pas le niveau ni le potentiel requis pour poursuivre des études tora­niques intensives, il pourra toujours opter pour une autre voie aca­dé­mique s’il a un autre bagage éducatif de base. Mais si depuis qu’il est jeune il n’a étudié que la Guémara et la Michna, il ne pourra jamais s’orienter vers un autre créneau d’études. Je sais de quoi je parle parce que j’ai passé de nom­breuses années dans le monde des Kollelim. Pour étudier une Guémara du matin au soir, il faut avoir du caractère et du potentiel. Aujourd’hui, les élèves de Yéchiva n’ayant pas le potentiel nécessaire pour suivre les programmes d’étude très exigeants dispensés dans ces institutions tora­niques ne savent pas comment sortir de ce système où ils ont grandi.

Depuis leur jeune âge, on leur a toujours dit: “Behazra Ashem, vous allez étudier la Torah à temps plein. Rien ne vous manquera”. Mais à l’âge de 21, 22, 23… ans, quand ces élèves de Yéchiva se marient et deviennent père de quatre, cinq, six… enfants, ils sont confrontés à une réalité très dure: ils n’ont pas les moyens financiers pour nourrir leur famille. Leurs épouses sont obligées de travailler pour subvenir aux besoins élémentaires de la famille. C’est une situation inac­cep­table. Dans la Ketouba que l’homme écrit quand il marie sa femme, il s’engage à lui assurer une parnassa. Je dis souvent dans mes conférences, sous forme de boutade, que désormais, c’est la femme qui devrait écrire la Ketouba à son époux!

C.J.N.: Des Rabbins orthodoxes vous ont comparé à Shabbetaï Tsvi,“le fossoyeur du Judaïsme”. Vous attendiez-vous à être attaqué avec autant de virul­ence?

Rabbin Haïm Amsellem: Ces attaques véhémentes, peu dignes d’hommes de Torah, ne m’ont pas surprises. En Israël, le monde de la Torah et le système de Yéchivot ont été bâtis par des Rabbins lituaniens ultra-orthodoxes. La philosophie halakhique qui prédomine au Grand Rabbinat d’Israël est la philosophie lituanienne. La philosophie ha­la­khique des Rabbins sépharades ori­gi­naires du Maroc et des pays arabes du Moyen-Orient a été complètement marginalisée. Dans les milieux rabbiniques d’Israël, les Lituaniens font la pluie et le beau temps! 62 ans après la création de l’État d’Israël, l’ultra-orthodoxie lituanienne continue à imposer son diktat aux autres courants orthodoxes juifs. Le Grand Rabbinat d’Israël est entièrement noyauté par des Rabbins obtus, issus de la mouvance lituanienne, qui exercent leur autorité d’une manière implacable. Le modèle rabbinique lituanien est l’antithèse du modèle rabbinique sépharade, qui a toujours prôné la pratique d’un Judaïsme rigo­riste qui valorise beaucoup le Travail.

C.J.N.: Donc, c’est le modèle lituanien qui prédomine dans le Grand Rabbinat d’Israël.

Rabbin Haïm Amsellem : Oui, malheureusement. La Rabbanout Harachit, le Conseil du Grand Rabbinat d’Israël, est composé de quatorze Rabbins, sept Ashkénazes et sept Sépharades. Les Rabbins sépharades vivent quotidiennement sous la menace des Rabbins Ashkénazes. S’ils remettent en question le consensus prédominant dans le monde de la Torah lituanien ashkénaze, ils sont fustigés et mis au ban des instances exécutives rabbiniques. C’est le sort très injuste qu’ils m’ont réservé.

C.J.N.: Votre position anticonventionnelle sur la très controversée question de la conversion au Judaïsme de nombreux immigrants Russes a suscité aussi l’ire des Rabbins orthodoxes.

Rabbin Haïm Amsellem : Il y a aujourd’hui en Israël 400000 olim hadashim Russes, nés d’un père Juif et d’une mère non-Juive, qui ont bénéficié de la Loi du Retour mais qui sont considérés par le Grand Rabbinat d’Israël comme non-Juifs sur le plan Halakhique. Ce problème doit être solutionné. Il est urgent que le Grand Rabbinat d’Israël prenne des positions courageuses dans le cadre de la Halakha pour trouver une solution à ce problème très épineux. Ces centaines de milliers de Russes, que nos Rabbanim considèrent comme des Goyim, se sont parfaitement bien intégrés à la société israélienne. Ils, ou elles, parlent couramment l’hébreu, étudient dans nos meil­leures Universités, vont à l’armée et donnent leur vie pour l’État d’Israël, veulent se marier avec des jeunes Israéliennes juives ou Israéliens juifs… Ces olim originaires de l’ex-URSS ne peuvent pas se marier en Israël parce que le Grand Rabbinat ne les con­si­dère pas Juifs. Quand ils vivaient en Russie, les Israéliens les catégorisaient comme Juifs. Aujourd’hui qu’ils ont fait leur Aliya, ils sont redevenus des Goyim. C’est une situation honteuse et inacceptable dans un pays dé­mo­cra­tique comme Israël.

C.J.N.: Des Rabbins orthodoxes vous reprochent de vouloir dénaturer l’essence de la Halakha au nom d’“un pragmatisme sot et incongru”.

Rabbin Haïm Amsellem : Ce n’est pas du pragma­tisme. La Halakha doit primer. Il n’est pas question de s’éloigner d’un millimètre de la Hala­kha. Je sais de quoi je parle parce que moi-même j’ai écrit plusieurs livres de Halakha. Je connais les Psakim -arrêts halakhiques- de nos Gédolim -les grand Maîtres de la Torah. Il est grand temps que nos Rabbanim re­viennent aux sources originelles du Judaïsme. Dans le monde sépharade, les Rabbins du Maroc, d’Algérie, ­d’Égypte, d’Irak… prenaient des décisions halakhiques avec un esprit d’ouverture pour le bien de la Torah et du peuple juif. On ne peut pas tourner le dos avec dédain à des centaines de milliers de citoyens Israéliens qui veulent absolument régulariser leur statut religieux sur le plan halakhique.

C.J.N.: Récemment, des centaines de Rabbins israéliens ont signé un ma­ni­feste appelant leurs fidèles à ne pas vendre ni louer des maisons à des non-Juifs. Cet appel a provoqué un grand tollé en Israël. Quelle a été votre réaction?

Rabbin Haïm Amsellem : Il est vrai que la Torah nous enjoint de ne pas vendre ou louer notre maison à un non-Juif pour ne pas causer un grand tort à nos voisins Juifs. Si on veut voir les choses noir ou blanc, il faudrait aussi appliquer d’une manière ri­go­riste cette injonction talmudique aux quelque 400000 Russes vivant en Israël, qui ne sont pas considérés ha­la­khique­ment comme Juifs par le Grand Rabbinat. On ne peut pas remettre en question une injonction hala­khique. Mais quand nous sommes confrontés à des situations délicates ou complexes, comme c’est le cas aujourd’hui, nous devons appliquer la Halakha d’une manière intelligente. Il ne suffit pas d’avoir raison. La Halakha n’est pas une juri­diction raciste. Dans le Michné Torah, le Rambam -Maïmonide- ­explique que la Halakha intime à un Juif ne pas vendre ou louer sa maison à des gens qui pratiquent l’idolâtrie, à des Avoda Zarah. Le Rambam a écrit plusieurs fois que la Loi juive ne considère pas les Musulmans comme des Avoda Zarah.

C.J.N.: Vous semblez assez pessimiste en ce qui a trait à l’avenir d’Israël ?

Rabbin Haïm Amsellem : Je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste! La majorité des Israéliens n’acceptent plus que pendant que la moitié du pays se sacrifie pour défendre la sécurité d’Israël, l’autre moitié soit toute la journée en train d’étudier la Torah dans des Yéchivot. Cette situation exa­cerbe la haine entre les Juifs orthodoxes et les Juifs laïcs. Aujourd’hui, en Israël, deux pays s’affrontent: l’Israël laïc de Tel-Aviv et l’Israël orthodoxe de Bnei Brak. Pourtant, plus que jamais, les Israéliens doivent être unis pour affronter les nombreuses me­naces qui planent sur eux. À mes yeux, la scission entre Juifs laïcs et Juifs orthodoxes est plus dangereuse pour Israël que la menace nucléaire iranienne.

Dans un prochain article, nous publierons les réflexions du Rabbin Haïm Amsellem sur son différend profond avec les dirigeants du Shass et sur le monde sépharade orthodoxe en Israël.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s