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La lettre de Gad Ezra pour sa fiancée

Yom Hazikaron,
imagesQue de lettres, que de témoignages, que de larmes versées…
Publier la lettre de Gad Ezra, un soldat d’Israël tombé au combat pour la défense de son pays, c’est aussi publier deux lettres d’amour,
il y crie l’amour pour son pays et l’amour pour sa fiancée.
Il sait… mais il défend d’abord sa terre, notre terre.
Il est aussi un symbole, un modèle d’Israël ,de tous ses frères, de tous nos frères disparus sur le champ de bataille.
Eve P

Ma très chère Galit

Si cette lettre te parvient, c’est que quelque chose m’est arrivé.
Ce matin, nous avons été informés que l’opération planifiée depuis hier sera exécutée aujourd’hui, avec l’aide de Dieu.

Je t’ai déjà dit que le plan opérationnel a été modifié et ne sera pas ce qu’il était censé être au tout début. Je ne voulais pas te causer de soucis ma très chère.
Cela m’a été très pénible de ne pas te raconter la vérité, mais j’ai préféré cela plutôt que de te causer du souci: "On peut changer un peu la vérité pour la paix", même pour la paix d’esprit d’une personne que l’on aime plus que tout sur terre.

Ma tendre bienaimée, je ressens d’une part qu’il n’y rien d’autre que je ne veuille si ce n’est être à tes côtés, t’aimer, fonder avec toi un foyer, une famille, mais d’autre part, il n’y rien que je ne veuille plus que de participer à cette opération et porter un grand coup à ces salopards de telle manière qu’ils ne pourront plus jamais songer à perpétuer d’autre attentat. Ainsi ils prendront en ligne de compte qu’à chaque fois qu’ils commettront la moindre horreur, on les frappera là où ça leur fait le plus mal et quequ’en soit le prix. Moi, je suis prêt à être ce prix.

Ne sois pas en colère contre moi ma bienaimée. Dans des instants comme celà, le sentiment israélien général doit nous guider et nous faire frapper la perfidie comme si nous n’avions pas de vie privée. "Dans l’armée du Roi David, les combattants donnaient un acte de divorce à leurs épouses avant de s’engager au combat."

Ma très belle, je t’aime tellement et mon unique regret, c’est le fait que tu seras peinée et que je ne serai pas avec toi pour te rendre heureuse. En fait, il n’y a rien dans ce monde que tu ne mérites plus que le bonheur. Pour cela ma charmante, je te veux heureuse. Je voudrai que tu sois joyeuse, que tu aimes et que tu t’épanouisses parce que tu le mérites. Je ferai toujours attention sur toi là où je me trouve et je m’assurerai que tu rencontres quelqu’un qui te rende heureuse plus que moi.

Ma mignonne, souviens-toi, tout est pour le mieux et si c’est cela qui a été décidé par le Maitre du monde, c’est ainsi qu’il doit en être. La seule chose qu’il nous reste à faire, c’est d’accepter cela avec amour.
Je t’aime et je t’aimerai toujours et sache que ce que j’ai toujours à l’esprit, c’est seulement toi en ces instants. Je suis sûr qu’au moment où m’arrivera ce qui m’arrivera, tu seras la dernière à qui mes pensées seront consacrées et je m’en irai de ce monde sachant que je suis le plus heureux qui puisse être et ceci grâce à toi.

Pense que tu m’as octroyé la joie et que tu m’as rendu le plus heureux qui puisse être. Tu m’as fait accéder à des summums de bonheur auxquels avant toi je ne pouvais seulement rêver.
Je t’aime ma tendre et te remercie pour tout le bien et le bonheur dont tu m’as comblé lorsque nous étions ensemble.

En fait nous n’étions pas seulement ensemble quand nous nous rencontrions. Nous sommes toujours ensemble depuis avant notre venue en ce monde et nous sommes toujours ensemble même après.
Souviens-toi de cela ma chère, nos âmes proviennent de la même racine.
"Tout ce que fait Dieu, c’est pour le mieux", même cela. Là où je me trouve, je t’assure que c’est l’endroit le plus extraordinaire qu’il y ait. Je ne souffre pas et ne suis pas en peine. La seule chose qui puisse me peiner, c’est la tristesse des personnes qui resteront, toi, la famille et les amis. Diffuse cela ma tendre: "il n’y a pas de désespoir à avoir, la joie doit toujours prendre le dessus." C’est ce que je voudrai te demander, même si cela est dur.

Je sais que je peux te demander cela, parce que je connais la joie et le bonheur naturels qui rayonnent de ta personne. Bonheur et joie dont je me suis épris et qui m’ont tant attiré vers toi lorsque je t’ai rencontrée pour la première fois.

Ma chère et tendre, je t’aime et je t’aimerai toujours. Juste assure-moi que tu poursuivras ton chemin et que tu ne te laisseras pas vaincre. C’est toi qui vaincras, c’est comme cela que cela doit être et il est juste qu’il en soit ainsi.

Je t’aimerai pour l’éternité et je serai toujours avec toi
Ton Gadi

Gad Ezra était le neveu de mon ami Moshé Salama, benjamin des enfants de Soli et de Roselyne, la sœur de Moshé.
Pessah de l’année 2002, les attentats ont atteint leur paroxysme, plus de cents personnes horriblement assassinées rien que pour le mois de mars 2002, dont l’attentat du soir du Seder à l’hôtel Park à Netanya.
Le gouvernement ne peut plus poursuivre la politique de retenue imposée par l’Administration Bush. Le Président américain veut se rallier les pays arabes dit modérés depuis le 11 septembre pour intervenir en Afghanistan et en Iraq. Cela se fait au prix de vies israéliennes sacrifiées à la bestialité terroriste palestinienne. Pour obtenir la coopération des pays arabes, Bush a mis son véto à une riposte israélienne. Mais pendant Pessah de cette année, l’opinion israélienne gronde. Le leadership israélien ne peut plus tempérer C’est la mobilisation d’urgence pour une opération d’envergure décidée par le gouvernement Sharon.
Gad Ezra, 23 ans, vient de se fiancer. Il a été démobilisé seulement un mois auparavant. Il est appelé d’urgence dans son unité de réserve (milouïm) composés d’anciens de Golani pour l’Opération Rempart. Les gars sont envoyés à Djénine pour nettoyer ce nid de serpents. Le nombre des blessés et des tués monte très vite. Gad, infirmier de son équipe, fait abstraction des dangers autour de lui et court secourir ses copains touchés. C’est alors qu’il est atteint d’une balle qui lui sera fatale. Il sera décoré pour sa bravoure à titre posthume.

J’ai appris cela en temps réel par mon copain Moshé Salama. Je me souviens qu’à l’époque, sa famille était inquiète parce que d’autres neveux de Moshé avaient été mobilisés pour cette opération.
Quelques mois plus tard, lors de la cérémonie où les parents reçurent la décoration pour Gad, Moshé Salama était en colère. Il me dit alors: "Je ne suis pas allé à cette cérémonie parce que si j’avais été à la place de mon beau frère et de ma sœur, j’aurais jeté à la figure du Chef d’Etat major (Shaul Mofaz) la décoration de Gad et je lui aurais dit: ‘c’est ça que vous me donnez pour l’avoir envoyé se faire tuer? Tout cela parce que les brillants esprits que vous êtes au ministère de la Défense, n’avez pas eu le courage de donner l’ordre de raser le camp de terroristes de Djénine en le bombardant depuis les airs, de crainte que les nations ne condamnent Israël. Et vous avez préféré que des fantassins se fassent tirer comme des lapins dans ce guêpier!"
La colère de Moshé n’était pas injustifiée. Avec Gad, ce sont 22 autres militaires qui ont été tués lors de cette opération. Les précautions prises par l’Etat major en envoyant sur le terrain des fantassins n’ont pourtant pas empêché la calomnie du massacre de Djénine de se répandre.

En ce jour de Yom HaZikaron, la Journée du Souvenir, toutes nos pensées vont à toutes les familles qui ont perdu des proches lors des guerres d’Israël, ainsi qu’à Soli et à Roselyne arrivés en Israel en 1969 après leurs études à Montpellier, à Viviane et à Jacques, sœur et frère de Gad. Aujourd’hui, Soli et Roselyne vivent à Bat-Yam où ils tiennent une pharmacie.
En racontant comment Gad Ezra, le neveu de notre ami Moshé Salama est tombé lors de l’Opération Rempart le 4 avril 2002, j’ai été profondément ému à la lecture de sa dernière lettre destinée à sa fiancée Galit. Je n’ai pas pu ne pas la traduire.
M Ben-Hayoun

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