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COMMENT GILAD SHALIT EST DEVENU UN "OTAGE FRANÇAIS" SUR FRANCE TÉLÉVISIONS ET TF1 Arrêt Sur Image

L’intense campagne qui a fait changer le décompte des télés.

S’agissait-il d’un "soldat franco-israélien" détenu par le Hamas ou d’un otage français ? Après cinq années de captivité dans la bande de Gaza, Gilad Shalit a été libéré par le Hamas mardi 18 octobre. En contrepartie, Israël a libéré près de 450 prisonniers palestiniens et doit en libérer 550 autres d’ici deux mois. Les journaux télévisés en ont fait leur ouverture, les chaînes d’information continue ont décrit minute par minute la libération, Le Figaro et Libération en ont fait leur Une le lendemain.

Shalit a ainsi bénéficié du traitement médiatique "classique" des autres otages français libérés, comme Florence Aubenas (journaliste de Libération prise en otage en 2005 en Irak) ou plus récemment les deux journalistes de France Télévisions, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus en Afghanistan et libérés l’été dernier. Pour autant, ce statut d’otage français n’était pas une évidence pour un certain nombre de médias comme TF1, France Télévisions ou RFI qui ne comptabilisaient pas Shalit dans la liste des otages français détenus dans le monde. Comment Shalit a-t-il intégré la liste ? Grâce à plusieurs soutiens. L’un, très connu, s’appelle… Nicolas Sarkozy. Mais d’autres sont restés dans l’ombre : faisons connaissance avec Yohann Taïeb et Jonathan Curiel.

Pour comprendre la médiatisation de la libération de Gilad Shalit, perçu de fait comme un otage français, il faut revenir trois ans en arrière. C’est en février 2008 (et non dès le soir de son élection comme il l’a affirmé à tort pour tenter de récupérer les bénéfices de cette libération), que Nicolas Sarkozy s’est préoccupé du cas Shalit. Comme l’a relevé Le Monde, la première mention publique du soldat Shalit date d’un dîner du CRIF au cours duquel Sarkozy avait déclaré que "le soldat franco-israélien Gilad Shalit [devait] être libéré".
Un engagement réitéré le 14 juillet 2008 lors de la Garden Party accueillant Ingrid Betancourt. Depuis, Sarkozy a multiplié les signes de soutien à Shalit jusqu’au 24 août 2010 où, dans une lettre écrite aux parents du soldat, il fait la mise au point suivante : "Gilad n’est pas un prisonnier de guerre, car les prisonniers de guerre ont des droits. Celui de recevoir la visite d’organisations humanitaires, celui d’échanger du courrier avec leurs proches. Gilad n’a pas ces droits car Gilad -disons les choses- est un otage". Shalit, un otage ? Si ce statut est une évidence pour certains médias notamment BFMTV qui l’a tout de suite comptabilisé avec les autres otages français, ce n’est pas le cas pour d’autres médias.

LE MONDE ET FRANCE INFO NE MENTIONNENT PAS SHALIT DANS LA LISTE DES OTAGES FRANÇAIS

Dans son numéro du 28 avrilPas d'otage Shalit dans Le Monde
2010, Le Monde ne mentionne pas par exemple le soldat Shalit dans la liste des "prises d’otages français médiatisées". Un oubli condamné par certains blogs soutenant Shalit. De même, en octobre 2010, quand France Info cite la liste des otages français dans le monde, Shalit n’en fait pas partie. Alerté à ce sujet par un auditeur, le médiateurse justifiait ainsi : "Vous avez raison de souligner que, parmi les français privés de liberté à travers le monde, il faut mentionner la situation de Gilad Shalit. France Info, comme les autres radios de Radio France, font d’ailleurs régulièrement mention de sa situation. Faut il néanmoins affirmer qu’un soldat (en l’occurrence l’armée israélienne) fait prisonnier par l’adversaire (en l’occurrence le Hamas) dans une action de guerre doit être considéré comme un "otage" n’est pas une question simple".

Pour le médiateur de Radio France, le terme d’otage ne convient pas dans le cas Shalit : "Le fait que les prisonniers faits par les deux camps puissent servir dans certaines phases du conflit israélo-palestinien de "monnaie d’échange" dans les négociations entre les deux parties, peut effectivement conduire certains commentateurs à utiliser le terme d’"otage" mais on voit bien que nous sommes là dans un autre champ que celui des civils capturés en Afghanistan ou au Niger", explique-t-il. En juin 2011, dans un nouveau décompte effectué par France Info, Shalit ne figure toujours pas. Une position partagée par d’autres médias: le quotidien Le Télégramme utilise le même argument que celui du médiateur de Radio France : "c’est en tant que soldat israélien, et non ressortissant français, que Gilad Shalit est retenu par un groupe armé palestinien", écrit la rédaction.
La question du statut de Shalit apparaît un enjeu d’autant plus important que d’autres otages bénéficient d’une médiatisation. Suite à la captivité de deux journalistes de France Télévisions en Afghanistan, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, TF1 et France 2 procédent à un décompte de leurs jours de captivité, tout en rendant hommage aux autres otages français dans le monde. Pendant plus d’un an, Shalit n’a pas fait partie de ces décomptes… jusqu’à ce que des soutiens de Shalit en France décident d’en faire un combat de premier ordre.

COMMENT FRANCE TÉLÉVISIONS ET TF1 CHANGENT LEUR DÉCOMPTE

En avril 2011, les deux responsables du "comité de soutien de Gilad Shalit en France", Yohann Taïeb et Jonathan Curiel, annoncent sur les ondes de Radio J vouloir faire pression sur les médias français, notamment France Télévisions, pour que Shalit soit comptabilisé. Un combat repris par d’autres groupes, notamment le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme, lequel publie un communiqué condamnant cette absence. Pour eux, cette médiatisation est la meilleure manière de protéger la vie de Shalit.
Selon le site JSSnews.com, modéré par un journaliste israélien, "le 27 avril, par lettre recommandée, [les deux soutiens très actifs de Shalit en France] écrivirent au Président de France Télévisions, Rémy Pflimlin, pour lui demander officiellement de mettre un terme à cette discrimination très grave entre les otages français et d’inclure Gilad Shalit dans le nombre des otages français dans le monde". Le 3 mai, dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Taïeb et Curiel réitèrent leur demande et dénoncent l’oubli de France Télévisions.

Le 13 mai, les soutiens de Shalit décident d’aller plus loin. Ils se rendent à la manifestation organisée par France Télévisions à l’occasion des 500 jours de captivité de Ghesquière et Taponier. Accompagnés d’un étudiant en journalisme et d’une caméra, ils demandent à Rémy Pflimlin, le PDG de France Télévisions mais aussi à David Pujadas et Laurent Delahousse pourquoi Shalit n’est pas comptabilisé. Tous sont visiblement embarrassés. Seul le directeur de la rédaction de France 2, Thierry Thuillier, s’explique en reprenant l’argument évoqué plus haut : Shalit est un soldat… pas un otage français

pas un otage français

picto pas un otage français

Pour le site pro-israélien JSSnews.com, la réponse de Thuillier est de mauvaise foi car "les différents ministres français des Affaires Etrangères ont tous déclaré non seulement que Gilad était français mais aussi un otage, que ce soit M. Douste-Blazy, M. B. Kouchner, Mme M. Alliot-Marie (violemment attaquée par les Palestiniens à Gaza lors de sa dernière visite pour avoir évoqué le sort de Gilad), ou bien de M. A. Juppé, qui ce même vendredi 13 mai 2011, dans une interview au journal « Le Parisien », a indiqué que Gilad était un otage français à Gaza". Mieux, le site affirme que Shalit figure sur "la liste officielle du Ministère des Affaires Etrangères français"… en renvoyant vers une conférence de presse du porte-parole du ministère, lequel assure que la France s’occupe de tous les otages, dont Shalit. Le groupe France Télévisions ignore-t-il cette liste officielle du ministère des Affaires étrangères ?

Contacté par @si, le ministère des Affaires étrangères précise qu’il n’y a pas vraiment de liste officielle. "On fait des déclarations au point presse, nous explique-t-on. C’est au hasard de l’actualité qu’on rappelle qui où et comment". Quelle est la règle du ministère en matière de prises d’otages ? "Tant qu’il n’y a pas de revendications, ce sont des disparitions inquiétantes, chaque année, il yen a une cinquantaine", explique-t-on au ministère, manifestement moins acquis à la cause que Nicolas Sarkozy.

Pas de liste officielle donc, mais dans le cas Shalit, les déclarations notamment de Sarkozy et du ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, le considérant comme un otage français. Est-ce suffisant pour faire plier France Télévisions ? Visiblement oui, puisqu’au lendemain du communiqué du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme, les présentateurs du 20h et du 13h ne mentionnent plus précisément le nombre d’otages.

Regardez la différence avant et après l’intervention des soutiens de Shalit picto 

Dans un courrier au président d’une autre association, baptisée Siona, qui avait également protesté contre le décompte de France Télévisions, le PDG du groupe public, Rémy Pflimlin confirme le changement du décomptequelques jours plus tard : "après avoir obtenu une position claire et précise de la part du ministère français des affaires étrangères, j’ai le plaisir de vous annoncer que le communiqué relatif à nos otages détenus en Afghanistan ne fait plus référence à un nombre d’otages pouvant porter à confusion sur le fait que nous ne considérions pas M. Shalit comme un otage".

"ON AVAIT PEUR QU’ILS ARRÊTENT LES DÉCOMPTES"

Contacté par @si, l’un des responsables du comité de soutien de Shalit, Yohann Taïeb, raconte. Pour convaincre France Télévisions, le comité a envoyé un dossier rappelant les déclarations de Sarkozy, ainsi que les définitions du statut d’otage et de prisonnier de guerre d’après les résolutions de l’ONU. Mais le changement du décompte par France Télévisions ne suffit pas au comité de soutien : "cette phrase sur les autres otages voulait tout dire et rien dire, explique Taïeb. Nous, on voulait que les journalistes de France Télévisions disent que le Quai d’Orsay reconnaissait Shalit comme otage". Un nouvelle action est donc décidée : "Fin juin, le jour où RSF rendait hommage aux journalistes otages en Afghanistan [Ghesquière et Taponier], on s’est déplacé pour rappeler que France Télévisions avait zappé Shalit. Mais rien ne s’est passé comme prévu: c’est ce jour-là que les deux journalistes ont été libérés. Sur place, Thuillier nous a dit qu’il était soulagé mais on lui a demandé de ne pas oublier les autres otages français. On avait peur qu’ils arrêtent les décomptes", explique Taïeb. Fin juillet, les responsables du comité de soutien et Thuillier se rencontrent. On décide que chaque mercredi, il sera rappelé dans les JT de France Télévisions que selon le Quai d’Orsay, "il reste neuf otages français dans le monde" (décompte incluant Shalit). 

Le groupe France Télévisions n’est pas le seul à avoir cédé aux demandes du comité de soutien. "Quelques jours après le changement de France Télévisions, on s’est aperçu que TF1 avait rendu hommage aux 8 otages français en oubliant Gilad Shalit, explique Taïeb. On leur a donc envoyé le même dossier et ils nous ont rappelé en expliquant qu’ils allaient rectifier la semaine suivante, ce qu’ils ont fait" alors que le médiateur de la chaîne avait rejeté cette demande quelques mois plus tôt. 

Sur TF1 aussi, Shalit a donc fini par être intégré dans le décompte

  
Si le comité de soutien peut se targuer d’avoir fait changer d’avis TF1 et France Télévisions, d’autres médias ont également suivi, notamment RFI, qui a changé mi-juillet son décompte malgré les protestations du SNJ (syndicat national des journalistes). Et Taïeb d’expliquer : "on leur avait envoyé notre dossier".

(montages François Rose)
Par Sébastien Rochat le 20/10/2011 sur  Arrêt sur images

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