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Charlie Hebdo : la parole aux musulmans… et à leurs soi-disant messagers

"Je dis aux Français, je dis à l’Europe, et à l’Occident en général, mais je dis aussi aux journalistes : Réveillez-vous ! Arrêtez de soutenir l’islam politique. Ne soyez pas naïfs, ces gens-là sont intolérants, ils menacent même des musulmans qu’ils jugent trop modérés". Le président de la Conférence des imams de France, l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi

"Nous condamnons cet acte d’incendie mais nous condamnons aussi l’acte de Charlie Hebdo. Nous condamnons la publication de ces caricatures, l’humour a des limites, la liberté d’expression a des limites". La liberté d’expression a ses limites ! Voilà un homme qui a compris la République et la démocratie ! le président du Conseil régional du culte musulman d’Ile-de-France, Hassan Moussaoui,

Charlie Hebdo : la parole aux musulmans… et à leurs soi-disant messagers

Par Yves Delahaie Professeur, Militant
N’en déplaise à Daniel Schneidermann, attardons-nous un instant sur "l’affaire Charlie Hebdo". Loin de moi l’idée d’épiloguer sur le regretté fondateur d’Arrêt sur Images, regretté car depuis l’opus aigri et raté de l’hiver dernier Crise au Sarkozistan, il semblerait que celui qui était à la pointe de la liberté d’expression face à l’oppresseur, ait depuis pris quelque distance avec la lucidité, au point de prendre en grippe même les défenseurs de notre laïcité, dès lors que l’on touche au croissant vert. Dont acte.

Charia Hebdo - Charlie Hebdo

L’on évitera toutefois de tomber dans la psychose du bipartisme à l’image de certains journalistesou encore des Guignols de l’Info qui, lundi soir, malgré un soutien sans failles et assez drôle quand PPD disait ne pas craindre de ripostes en indiquant en guise d’adresse la tour de TF1, ne purent s’empêcher de se sentir gênés d’être sur la même ligne que Copé et que l’UMP…

"Attentat" pour bataille sémantique. N’en déplaise aux caricaturistes de Canal, l’"attentat" désigne un délit criminel à l’encontre d’une personne ou d’une institution, et il n’y a rien dans les actes de mardi soir qui ne contrevienne en quoi que ce soit à cette définition. Ce n’est pas parce que Riposte laïque (sic… oui sic parce que l’épithète "laïque" liée à ce "groupe" choque…) ou encore Marine Le Pen sont solidaires avec Charlie, pour d’obscures et funestes desseins, qu’il faut s’en désolidariser. Ce serait faire leur jeu. Il ne faudrait pas inverser les rôles.

Qu’en pensent les messagers des musulmans ?

Il conviendra davantage d’analyser scrupuleusement ce que les musulmans ou leurs messagers, voire leur soi-disant messagers en pensent. Parce qu’après tout, on voudrait nous faire croire que le sujet principal est l’islam… quand bien évidemment il n’était question que d’islamisme ou d’intégrisme.

La parole des officiels était attendue. Il n’en fut qu’une qui soit irréprochable, et saluons-là comme il se doit : celle du président de la Conférence des imams de France, l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi. Irréprochable dans sa condamnation et dans son analyse, c’est le seul à avoir assumé avec courage la défense d’un islam laïque, un islam qui se fond dans la République sans pour autant se dénaturer ou se renier : "Je dis aux Français, je dis à l’Europe, et à l’Occident en général, mais je dis aussi aux journalistes : Réveillez-vous ! Arrêtez de soutenir l’islam politique. Ne soyez pas naïfs, ces gens-là sont intolérants, ils menacent même des musulmans qu’ils jugent trop modérés".

Et ceux qui trop zélés se diraient que l’homme n’est pas fidèle au prophète ou au Coran, je ne saurais trop les amener à relire le verset 38 de la sourate 42 qui recommande de "laisser les hommes délibérer entre eux de leurs affaires"… L’équivalent du "Rendons à César…" de la Bible… Mais les littéralistes ont la mémoire sélective des textes à consacrer.

Un double discours

Un autre pontife de la religion musulmane en France a condamné sans retenue l’attentat dont a été victime Charlie Hebdo : M. Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris. "A propos de l’incendie cette nuit des locaux du siège de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, la Grande Mosquée de Paris condamne un acte qui ne peut en aucun cas représenter les principes de liberté, de tolérance et de paix qui sont le message de notre institution".

Mais ce message, on ne peut plus clair, est obscurci par une suite pour le moins brumeuse : "La Grande Mosquée de Paris rappelle que le climat européen anxiogène d’islamophobie, fait d’amalgames en tout genre et de stigmatisations caricaturales de la foi islamique et des musulmans, est fort regrettable et nuisible aux valeurs laïques et du vivre ensemble que les musulmans de France partagent pleinement". Stigmatisations caricaturales ? L’adjectif n’est semble-t-il pas choisi par hasard pour Charlie Hebdo.

Monsieur Boubakeur sous-entend peut-être que les caricatures de Charlie sont offensantes et sont "nuisibles" au "vivre ensemble". Une condamnation en filigrane… et pour cause : la Justice a appris à Monsieur Boubakeur à davantage de prudence. Davantage qu’en 2007 quand il fut à l’origine de la plainte contre… Charlie Hebdo dans la fameuse affaire des caricatures. Affaire qu’il perdit puisque la loi française, rappelons-le, ne condamne plus le blasphème depuis la Révolution française. Le double discours de Boubakeur n’est toutefois pas illisible…

Dans la même veine, le Collectif des Institutions musulmanes de Roubaix pratique avec mimétisme l’art du double langage, propre à rappeler que la réponse est démesurée mais pas nécessairement injustifiée. Rien de surprenant de la part d’un collectif dont le porte-parole Ali Rahni, d’Europe Ecologie les Verts, aurait déjà montré des accointances avec les Frères Musulmans.

Qui dit Frères Musulmans dit assez naturellement l’UOIF. Et quelle surprise, ô surprise, de la voirmarteler de manière ferme: "L’usage de la liberté d’expression exige un sens de la responsabilité" ! Un coup de poignard après l’incendie ! Et l’UOIF d’enfoncer le clou avec sévérité : "ces publications, loin de servir la paix et la cohésion sociale, cherchent à s’attaquer à un symbole de la foi de près d’un milliard et demi de musulmans dans le monde, et plus particulièrement de la communauté musulmane de France, qui se sentent offensés" ! Ah oui sinon, on en oublierait presque que l’UOIF "a tenu à condamner ‘avec la plus grande fermeté’ l’incendie criminel"… Oui on l’aurait "presque" oublié…

 Charb, directeur de la redaction devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 - URMAN LIONEL/SIPA

Charb, directeur de la redaction devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 (URMAN LIONEL/SIPA).

Les messagers officieux

Mais au-delà de ces porte-voix officielles de l’islam il est toujours intéressant de se pencher sur les messagers officieux, ceux qui opèrent en toute discrétion par pure idéologie. Et bien évidemment l’irréprochable, l’universitaire et l’inattaquable car ô combien consacré par "le Savoir" Pascal Boniface, dont le manque de rigueur est un secret de polichinelle tel qu’il en est l’objet d’un blog(quel honneur Docteur !), s’en donne à cœur joie pour tirer à boulets rouges sur Charlie.

Faites entrer l’accusé : "Charlie Hebdo, au nom d’une critique de la religion qui se présente comme courageuse, concentre ses attaques sur les musulmans, qui ne sont – institutionnellement – pas en mesure de se défendre. C’est une religion qui est régulièrement stigmatisée, davantage que les autres".
Et l’auteur des Intellectuels faussaires (sic) d’enfourcher son cheval de bataille sur Israël quitte à oublier que Charlie Hebdo a davantage "massacré" le catholicisme pendant trois décennies que l’islam, un point d’histoire qui avait déjà valu la relaxe de l’hebdomadaire lors de l’affaire des caricatures : "Celui qui assure que sa ligne éditoriale consiste à s’en prendre de la même manière à toutes les religions. Lorsque Philippe Val était à la tête du journal, il s’est illustré par un soutien sans faille à Israël, et l’on peut penser que cette ligne n’a pas été modifiée… Je note que lorsque Siné a été renvoyé de Charlie Hebdo, le principe de liberté d’expression n’a pas prévalu."

Taper sur les intégristes n’est pas taper sur l’islam

Sinon pour conclure, je ne saurais vous quitter sans vous rappeler que Charlie Hebdo est un journal satirique français, publiant en France, pays dans lequel la liberté de la presse est totale, la liberté d’attaquer en justice des propos que l’on juge calomnieux est totale aussi, que le blasphème n’est plus puni par la loi, que taper sur les islamistes ou les intégristes ce n’est pas la même chose que de taper sur l’islam à moins de le prétendre et de faire soi-même l’amalgame…

D’ailleurs le dernier mot revient à l’incarnation même de ces principes, exprimés par la voix d’un modéré à coup sûr : le président du Conseil régional du culte musulman d’Ile-de-France, Hassan Moussaoui, a déclaré sur i-Télé mercredi matin : "Nous condamnons cet acte d’incendie mais nous condamnons aussi l’acte de Charlie Hebdo. Nous condamnons la publication de ces caricatures, l’humour a des limites, la liberté d’expression a des limites". La liberté d’expression a ses limites ! Voilà un homme qui a compris la République et la démocratie !

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/210657;charlie-hebdo-la-parole-aux-musulmans-et-a-leurs-soi-disant-messagers.html

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