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Les enjeux sécuritaires de l’Etat d’Israël

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Par le Général Amos Gilad 

– Sur le plan sécuritaire la situation à l’intérieur d’Israël est au beau fixe et elle est commode à vivre. Les attentats suicide sont bien derrière nous et notre dissuasion contre les attaques de roquettes et de missiles demeure efficace. Toutefois et en même temps, nous affrontons des défis sans précédent et des menaces réelles, à savoir la possibilité que l’Iran se dotera de l’arme atomique et de ce fait tout le Moyen-Orient pourrait devenir nucléarisé.

· Les capacités de l’Iran pour développer des armes nucléaires ne posent plus de questions. Tôt ou tard, la décision sera prise. Ce pays a le savoir-faire pour fabriquer des missiles à ogives nucléaires. Aujourd’hui, toutes les agences de renseignements sont unanimes pour affirmer que l’Iran est une menace réelle pour la paix du monde.

· Je ne peux imaginer l’Arabie Saoudite, l’Egypte, ou un autre pays arabe admettre et tolérer la possession d’une bombe atomique par l’Iran. En langue arabe le mot « ajami » exprime « dégoût » des Perses. Si vous interroger un dirigeant arabe en privé : » quelle est aujourd’hui la grande menace qui pèse sur vous », il vous répondra sans hésitation: l’Iran! Et non pas Israël…

· Les terroristes installés dans le Sinaï sont financés par l’Iran. Leur but déclaré est d’assassiner le plus possible d’Israéliens. La présence du terrorisme dans la péninsule complique nos relations avec l’Egypte et nos actions sont désormais préventives.

· Les Perses et les Ottomans sont en rivalité depuis un millénaire. Je ne pense pas que les Turcs croient sincèrement à une quelconque amitié avec l’Iran et donc un Iran nucléarisé mettrait les Turcs dans une colère folle.

· L’Autorité palestinienne et Israël sont en contact permanent mais même si nous signerons demain un accord de paix, il ne pourra être mis en œuvre tant qu’existera déchirement entre Hamas et Fatah. Un traité signé avec Abbas ou ses représentants ne serait qu’un accord entre Israël et Ramallah, et donc aucun palestinien ne l’accepterait.

Le rôle vital de la Jordanie

Notre sécurité est basée aussi sur les échanges de renseignements uniques que nous avons développés avec la Jordanie. Je tiens ici à remercier le Royaume hachémite, et je suis conscient que la Jordanie fonctionne pour ses propres intérêts. Il est important qu’ensemble nous protégions notre frontière commune qui est bien compliquée à gérer. Aujourd’hui, les terroristes ne peuvent traverser la frontière du Jourdain et c’est bien évidemment un avantage sécuritaire considérable.

La coordination avec l’Autorité palestinienne

La coordination de sécurité existe bien qu’elle soit moins importante que celle que nous entreprenons avec la Jordanie, elle est tout à fait significative. Elle est basée sur l’intérêt primordial de l’Autorité palestinienne de vaincre son ennemi, le Hamas.

La réconciliation entre les frères ennemis piétine pour multiples raisons, et à l’heure actuelle le Hamas qui fait partie des Frères musulmans, cherche à s’emparer aussi bien de l’AP que de l’OLP.

(Ce dernier avait signé les Accords d’Oslo).

Les contacts politiques entre Israël et l’AP se poursuivent et Israël est engagé à la solution de deux Etats et fera de son mieux pour reprendre les négociations avec les Palestiniens. Nous avons négocié également par l’intermédiaire de la Jordanie qui a accueilli les pourparlers à Amman. Hélas, je ne peux vous transmettre un message optimiste et vous dire qu’un accord de paix sera signé prochainement.

Les Palestiniens de Gaza possèdent des milliers de roquettes à courte et longue portée. Ils sont anti-israéliens religieusement et nationalement. Ils sont violents et croient à l’usage de la terreur. Ils tentent par tous les moyens d’attaquer Israël, mais ils échouent à chaque fois car il est quasiment impossible d’expédier des terroristes directement vers Israël par la bande de Gaza. Tout dépendra de l’Egypte, de sa diplomatie, et de notre technologie pour pouvoir nous protéger contre le lancement des roquettes. La solution est donc provisoire pour un problème crucial et immédiat.

Le long des frontières israéliennes

La dissuasion israélienne fonctionne parfaitement le long de nos frontières. Au nord, nous sommes en plein essor économique et le Plateau du Golan est bien tranquille. Au sud, nous profitons d’une dissuasion partielle et lorsque les hostilités et la violence éclatent, l’Egypte réussit à convaincre le Hamas, le djihad islamique et les autres groupuscules de maintenir la trêve. Il est incontestable que la poursuite des attaques terroristes contre nous pourra trouver l’Egypte dans une situation inconfortable car elle souffrira des éventuelles opérations israéliennes, et dans ce contexte délicat ses démarches auprès du Hamas agissent dans ses propres intérêts. C’est bien dans l’intérêt égyptien de maintenir la stabilité et le calme dans la région. Sans l’Egypte je ne peux imaginer une quelconque réalité pacifique sur le front sud d’Israël. Les Egyptiens sont en fait les seuls qui puissent convaincre les extrémistes de ne pas agir. La mise en place sécuritaire égyptienne est efficace et professionnelle. Le Caire détient toujours la clé de la paix dans notre région et une paix froide est préférable à toutes les guerres. C’est en effet le fondement de notre sécurité nationale. Nous seront forcés d’utiliser les armes le jour où toutes les alternatives et les options diplomatiques ont été épuisées et dans le cas d’un casus belli.

Israël est concerné par les changements dramatiques en Egypte. Il n’y pas d’alternative aux relations de paix avec ce pays voisin. Les dirigeants de la confrérie des Frères musulmans ont affirmé qu’ils étaient engagés à la paix, mais je ne suis pas si convaincu. Leur idéologie est bien différente. Leur rêve est de créer dans toute la région un califat islamique en excluant Israël qui par définition est considéré comme une terre sacrée pour les musulmans.

Le nouveau parlement égyptien dominé par les Frères musulmans a voté à maintes reprises contre toute relation avec Israël. L’avenir dépendra du nouveau président élu et de la nouvelle constitution.

La menace de l’Iran

Au milieu des années 90, nos services de renseignements ont réussi à identifier la menace nucléaire, au moment où l’Iran ne possédait aucun missile balistique pouvant atteindre Israël.

Les Iraniens possèdent plus de 5 tonnes d’uranium faiblement enrichi, des centaines de missiles Shiab-3 d’une portée de 1500 kms et de 2000 kms. Leur ambition hégémonique est d’aspirer à devenir une superpuissance régionale.

Le chef spirituel et le véritable leader de l’Iran, ayatollah Khamenei est déterminé dans son projet nucléaire. Il n’a pas encore décidé de fabriquer la première bombe par ce qu’il a été stupéfait par l’ampleur des révélations de ses projets secrets. A la grande stupeur des Iraniens, le président des Etats-Unis avait déjà exposé l’existence d’un projet top- secret près de Qom. Jusqu’à ce jour, le monde était indifférent mais actuellement le consensus au sein de tous les services de renseignements est unanime à savoir : l’Iran est une réelle menace.

Bien évidemment, si Ahmadinejad et Khamenei ne cessent de rabâcher qu’Israël n’a pas le droit à l’existence alors la capacité nucléaire devient dangereuse et existentielle. Sans la bombe, les diatribes ne seront limitées qu’aux déclarations verbales. Dans ce contexte, l’Iran sans capacité nucléaire serait certes une terrible menace mais pas existentielle.

A l’heure actuelle, l’Iran propage le terrorisme et la terreur et la question est de savoir comment pourrions-nous empêcher la nucléarisation de l’Iran.

Les sanctions sont certes importantes mais elles dépendront du résultat sur le terrain. Même si le programme nucléaire sera mis dans un fond de tiroir, le savoir faire demeura.

Au Liban, le Hezbollah, responsable de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Hariri, est un partenaire à part entière dans la coalition gouvernementale. Les noms des assassins sont bien connus mais le président libanais n’ose pas ordonner à la police d’arrêter le numéro 2 du Hezbollah, responsable certain de l’assassinat de Hariri.

En ce qui nous concerne directement, nous constatons que le Hezbollah est maître de plus de la moitié de la superficie du Liban. Ce territoire que je surnomme « Hezbollastane », est plus fort militairement et politiquement que le Liban lui-même. Ce mini Etat est financé par l’Iran et la Syrie et armé jusqu’aux dents. Il possède plus de 45000 roquettes et il n’avait que 14000 seulement en 2006, pendant la Seconde guerre du Liban.

Quant à la Syrie, Assad assassine son propre peuple. C’est un Alawite qui élimine lâchement tous ses adversaires. Il poursuivra la boucherie jusqu’à sa défaite. Le plateau du Golan demeure très calme et stable en raison aussi des préoccupations internes du régime. Nous condamnons la répression sanglante mais nous sommes inquiets et en état d’alerte sur le sort des armes stratégiques existant en Syrie.

Enfin, nos relations stratégiques et sécuritaires avec les Etats-Unis sont excellentes et très précieuses dans tous les domaines. Elles sont également excellentes avec la Chine. Le ministre de la Défense Ehoud Barak a effectué récemment une visite officielle à Pékin et le chef d’état-major chinois avec une délégation d’une vingtaine de généraux, s’est rendu en Israël, notre chef d’état major vient de faire une visite réciproque et notre Premier ministre Netanyahou envisage un voyage officiel à Pékin. Le gouvernement a nommé le général Vilnai, également ministre, notre prochain ambassadeur en Chine, traduisant ainsi la volonté israélienne de renforcer nos relations.

Le président Poutine de Russie a exprimé lors de son dernier voyage en Israël son profond engagement à notre sécurité. Il considère la présence ici d’un million de juifs russes comme très importante pour son pays. Cependant, les Russes continuent à fournir des armes sophistiquées à la Syrie, et notamment un missile supersonique contre des navires et des cibles stratégiques. Nous leur avons demandé de ne pas les livrer car ces armes dangereuses peuvent tomber entre les mains du Hezbollah.

Pour conclure, nous vivons dans un environnement de paradoxes, d’une part, la situation sécuritaire nous est favorable grâce à notre forte dissuasion, mais parallèlement, nous devrions affronter avec vigilance et détermination les menaces omniprésentes tel que le programme nucléaire iranien et ses répercussions dans toute la région, ainsi que les turbulences islamiques dans le monde arabe.

Ce texte est basé sur une conférence du général Amos Gilad tenue au JCPA- CAPE devant le corps diplomatique et les représentants de la presse internationale. (voir la vidéo en anglais: http://www.youtube.com/watch?v=uUocjuoaSvg)

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